Compagnie de théâtre. Poitiers
3 Mars 2013
Comédiens : Régis Laroche, Isabelle Ronayette, Pierre-Yves Poudou
Création décor et lumière : Allain-Bernard Billy
Création sonore : Christophe Hauser
Dramaturgie : Frédéric Vossier, Anne Monfort
Assistanat mise en scène : Angélique Orvain
Deux personnages, un couple, un homme et une femme vivent ensemble dans une « cité idéale » hautement sécurisée, protégée du monde extérieur. Là, tout est fait pour les satisfaire, du bruit des vagues aux barbecues entre collègues, des voisins bienveillants aux soirées offertes par l'entreprise… Mais cet homme avec elle, qu'il lui arrive de ne pas reconnaître, est en passe de perdre son travail. Car "ils" ne ressentent plus son plaisir. Car "ils" sentent qu'il l n’est plus assez performant…
Le couple risque l'expulsion de la communauté. Il lui reste - à elle - 48 heures pour trouver une solution. Aider l'homme qui l'accompagne, qui lui tient lieu de mari, à se resssaisir. Retourner dans le monde extérieur, et se plonger dans une réalité violente ? Ou survivre à l'intérieur, isolés, protégés, théoriquement heureux ?
Entre en scène le fils. L'adolescent. En proie à une crise propre à son âge, il vient bouleverser le couple, nier la légitimité familiale. Que fait-il la nuit, quand tous sont censés dormir, avec ses baskets, son sweat-shirt et son ordinateur? Qui ouvre le portail la nuit? Qui réussit encore à dormir?
La pièce se déroule comme un flux compact, insécable d'une conversation entre un homme et une femme dans un appartement. La parole tendue et accusatrice du personnage féminin demande continuellement vérification ou falsification auprès de l'interlocuteur masculin qui semble ne pas pouvoir sortir d'un état de somnolence étrange. Certaines informations véhiculées par la femme sont parfois corroborées, d'autres sont démenties, ainsi que laissées en suspens. D'où la question : cette femme est-elle folle? Est-ce qu'elle fantasme? Où est la réalité? Qu'est-ce que la réalité?
L'arrivée du fils ne fait qu'accentuer le climat de tension et d'agression entre les personnages et n'apportera aucune solution, aucune élucidation. Le langage est simple, quotidien, ordinaire, commun. Il y a quelques fulgurances poétiques mais elles sont énoncées sur le mode ironique du second degré. Elles donnent une vraie respiration au texte.
Le propre de Richter, c’est d’inscrire ses pièces dans le contemporain, de nous offrir l'occasion d'aiguiser notre perception sur l'état du monde. A partir de l'intime (le couple) tout en préservant l'énigme sur le vrai sujet de la pièce, Richter ouvre les portes d'un questionnement universel sur les relations de l'homme et du monde.
Où est la réalité dans ce que nous voyons ou faisons? Où est notre bonheur? Nos envies? Que faisons nous de notre vie? Dans quel rapport vivons-nous avec les autres? Sommes-nous liés pour toujours à l'obligation de performance dans le travail? Dans la sexualité? Comment devons-nous interroger cette disparition du masculin dans la société moderne? Sommes-nous condamnés à l'incompréhension avec nos enfants? L'amour n'est-il qu'un contrat? La peur de l'autre n'inscrit-elle pas une obligation d'exclure? De vivre séparé? Existe-t-il une géographie de l'exclusion? Sommes-nous encore vivants? Indignés?
Il n'existe pas de personnes extérieures au système. Nous sommes tous dans le système et il modifie nos identités. Comment être soi-même quand les mots ne nous appartiennent plus, quand nous perdons notre propre identité? Dans une presque "science-fiction" cette pièce ré-interroge le monde pour le réveiller de sa somnolence.